mercredi 20 avril 2016

Stage en maison d'édition : l'envers du décor

Qui n'a jamais voulu passer une journée dans une maison d'édition, que dis-je, un mois entier? Enfermé dans le service éditorial, à lire des livres? Personne? C'est pourtant une aventure que n'importe quel amoureux des bouquins devrait vivre au moins une fois, ne serait-ce que pour sentir l'odeur des livres neufs toute la journée.

La mite fâchée que je suis a eu la chance de travailler pendant 1 mois dans le service éditorial d'une maison d'édition prestigieuse, qui s'occupait essentiellement de romans "jeunesse". Faisons donc un petit tour d'horizon, pour voir ce qu'il y a d'intéressant à retirer de cette aventure. 

Parce que dans le fond, un stagiaire, c'est comme un nain. 
Il se lance dans l'aventure un peu tête baissée. 


Le service éditorial, késako? 

Une maison d'édition n'est pas seulement composée d'un bureau où l'éditeur corrige un livre tout en s'essuyant la sueur coulant de son front avec une liasse de billets verts. Comme toute entreprise, il existe plusieurs étages (ou sections), où chacun fait son travail. De petites communautés à l'intérieur d'une communauté plus grande (comme des êtres microscopiques vivant une vie totalement à part de la nôtre). 

Dans le service, on trouvait le Directeur Éditorial, l'Éditeur et le Directeur de Littérature qui font toutes un peu le même travail en vérité, mais qui se répartissent la charge. Elles s'occupent de modifier le livre, de rester en contact avec l'auteur et bien sûr, elles restent connectées avec l'imprimeur, la correctrice freelance, le service des graphistes et tous le secteur de la distribution/communication. Elles sont la tête d'affiche d'une maison d'édition, sans elles, pas de livre. 

Pourquoi j'insiste autant sur le mot "elles"? Parce que l'édition est un milieu davantage féminin que masculin (la filière Lettre de ma fac étant composée à 85% de femmes). Je suis une mite, avec un E féminin! Alors, je ne me suis pas sentie perdue le moins du monde... (Non, j'explose! En réalité, je suis une mite de genre masculin).

Et à quand le Mite power?!

L'adaptation fut dure, pendant les repas en groupe, je me sentais un peu déconnecté de ce monde féminin. Au final, j'ai appris à m'y faire et j'ai suivi la marche avec plaisir. En plus de ça, je suis timide quand je ne me sens pas à l'aise dans un environnement (ouais, les mites ont aussi leurs préférences, un lieu chaud et humide c'est l'idéal). 

Pour le coup, chaud et humide, on n'y était pas du tout. Je voletais sous les radars dans ce service. Il y régnait un silence glacial l'après-midi et en fin de journée. De la moquette, aux portes des toilettes (qui étaient impeccables, pas comme au McDo), tout était gris, blanc et noir. Un milieu assez austère qui n'aide pas à se sentir à l'aise (de la couleur! J'aime dévorer des tissus en couleurs!). 

Ouais, c'est à peu près ça.

À ce moment-là, j'ai compris à quel point ce lieu était grand. Le service éditorial ne couvrait qu'un étage, trois chefs et 5 employés au maximum... Mais tout autour, c'était une grande entreprise qui fonçait à vive allure, et comme toute entreprise, l'objectif, c'est de faire du fric. 


Je veux mon fric! 

Une maison d'édition, c'est une entreprise comme les autres : elle doit rapporter de l'argent. Comment? En publiant régulièrement des livres "gagne-pain", comme des guides de cuisine, des livres autobiographiques de gens célèbres, l'adaptation en BD du dernier succès cinéma, le dernier Marc Levy... Des romans pratiques ou populaires, que l'on offre à noël quand on n'a pas d'autre idée ou que l'on n'aime pas la personne (au choix).

Heu...

Personnellement, je ne comprendrais jamais le succès de ce genre littéraire... En fait si! Je le comprends parfaitement : ces livres ne demandent pas de savoir lire. Mais c'est grâce à ces bouquins "populaires" que l'éditeur peut se permettre de publier un "coup de cœur" de temps en temps, même s'il sait pertinemment qu'il ne sera pas un franc succès (là, je regarde tous les auteur de SF ou de fantasy). C'est particulièrement vrai pour la SF, genre peu apprécié en France, dans le sens où les livres se vendent très mal

Ainsi, beaucoup de chefs-d'oeuvre se retrouvent à être vendus pour 10 exemplaires, tandis que le dernier prix Goncourt que personne ne lira jamais vraiment va être acheté des centaines de milliers d'exemplaires! (je m'excuse pour ceux qui aiment lire les prix Goncourt ou qui ont acheté avec plaisir "comment chier dans les bois", vendu chez Nature et Découvertes"). 

Tout est dit! "Le best seller international, un million d'exemplaires vendus"
...

J'exagère un peu, certains de ces livres sont mieux faits que d'autres et heureusement, tout n'est pas à jeter (notamment "comment chier dans les bois", beaucoup plus sérieux qu'on ne le pense!). 
Mais à mon sens, cette pléthore de livres "pratiques" gêne la découverte de livres vraiment passionnants. Qui n'a jamais eu de mal à trouver un bon livre - original surtout - de fantasy ou de SF dans le rayon librairie de son supermarché? Quasiment impossible! Puis chez les libraires, ce n'est pas forcément mieux (eux aussi ont des impératifs de vente). Grosso-modo, j'ai tendance à penser que ces livres sont la plaie du secteur de l'édition. 


Perdu dans la masse 

En inondant le marché de ce genre littéraire qui fait vendre, on se retrouve à ne plus acheter que ça. Au final, les maisons d'éditions décident de ce que nous devons lire ou ne pas lire et je me retrouvais à devoir travailler sur des projets vraiment pas intéressants. Je sas très bien que cette maison d'édition faisait du commercial, mais je me souvenais d'eux pour leurs livres de jeunesse fantasy que je lisais petit, pas pour leur "journal intime d'une adolescente amoureuse d'un chanteur pop". J'extrapole, mais c'était exactement ça le sujet du dernier projet sur lequel j'ai dû travailler. 

Je m'attendais à travailler sur le dernier né d'une saga de fantasy et voilà "ça", qui tombe sur le bureau. Je ne retrouvais pas l'ambiance, l'image, que j'avais de cette maison d'édition avant d'entrer chez eux, ce qui est plutôt un comble, vous ne trouvez pas? 

Quel livre atroce...

Tout travail possède sa part d'ombre, mais je pensais qu'en faisant un métier par passion, je ne verrais pas le côté obscur. Pas de chance, toute la littérature que je vomissais régulièrement m'a frappé de plein fouet. C'est sûrement prétentieux de dire ça de cette manière, mais c'est ce que j'ai ressenti pendant deux longues semaines. Puis à force de lire et relire ce genre de texte, je me suis dit "pourquoi pas, c'est juste le côté alimentaire après tout". 


Le méchant lecteur : l'Éditeur

De fait, tout n'est pas rose, mais j'ai su trouver mon bonheur dans ces petits moments privilégiés que j'ai pu avoir au sein de ce service éditorial. J'ai tiré un trait sur mes rêves, pour faire de la place à de nouveaux

J'ai participé à la rédaction d'un résumé, d'une biographie aussi. Le processus de co-création du livre procure un sentiment incroyable. L'oeuvre nous appartient un petit peu de cette manière, on veut en prendre soin et faire en sorte que le livre se vende bien, alors on se donne à fond! Rien de tel pour se sentir fort et motivé

La Directrice éditorial m'a confié qu'un éditeur ne publie que très rarement des livres qui en valent vraiment la peine. Quand cela arrive, peu importe le succès ou non du livre, c'est à cet instant qu'un éditeur se senti utile. 

En plus de prendre des risques financiers pour votre roman, l'éditeur met à votre service son expérience. C'est à lui de revisiter votre livre et "corriger" ce qui doit l'être. C'est à lui que revient le rôle du "méchant lecteur", qui va vous dire si ce chapitre est vraiment utile, si ce personnage ne devrait pas plutôt être supprimé ou, au contraire, avoir plus d'importance dans l'histoire. 

Après ce court passage à vide, j'ai repris mes fiches de lecture avec beaucoup d'attention. Ah oui, je ne vous avais pas dit? Stagiaire dans une maison d 'édition consiste surtout à faire des fiches de lecture et à lire des manuscrits à en être fatigué.
À la base, je ne suis pas un bon lecteur (deux/trois livres par an, je suis exigeant)... Pendant 1 mois, j'ai lu 7 manuscrits environ et je le dis sans aucune fierté. 

Y'en a partout!


Le comité de lecture 

C'est la première étage! La première porte devant laquelle votre livre atterrit après un long voyage (par la poste ou par e-mail). Autant jouer carte sur table : la première personne à lire votre livre, cette qui va déterminer si votre histoire, vos personnages, votre intrigue, en bref, si votre livre en vaut la peine : est un stagiaire. (Moi!)

Je ne remets pas en cause la qualité des stagiaires. Ils sont là pour apprendre, pour se former et d'ailleurs, ils reproduisent ce que font leurs "chefs". Mais voilà, votre livre est d'abord lu par une personne de passage et pour peu que ce soit sa dernière semaine non payée dans l'entreprise, votre livre risque de passer un mauvais quart d'heure - non, ce n'est pas du tout ce qui m'est arrivé. 
Remarquez, c'est valable pour n'importe qui, stagiaire ou pas... Mais en tant qu'auteur, je préfère que l'avenir de mon livre soit déterminé par le directeur éditorial ou par l'éditeur lui-même, que par un stagiaire à qui on ne confie même pas les contrats. Vous savez, ce n'est pas vraiment un hasard si Harry Potter a été refusé 14 fois avant d'être publié! 14 fois! Dans le tas, il doit bien y avoir quelques stagiaires aigris qui n'avaient pas pris leur café avant de partir au bureau. 

Oui, refusé 14 fois! 

Quelques livres se perdent, dans les classeurs, dans les e-mails... On clique souvent sur supprimer par erreur... N'oubliez pas que votre roman se retrouve parmi une pile de plusieurs centaines de livres en attente d'être lus. 
Seconde chose à savoir : on lit en diagonale! Il faut être capable de rendre une fiche de lecture en une semaine, voire moins. Cela signifie qu'on va vous lire en mode accéléré et parfois seuls les dialogues seront "attentivement" observés. 
Il faut comprendre que la plupart du temps, le lecteur stagiaire passe ses journées à lire des livres inachevés, brouillons ou bien qui n'ont rien à faire dans une maison d'édition qui publie des livres jeunesse

J'ai vu un énorme livre d'histoire de 1400 pages, traitant de la fondation des courants Bénédictins et Franciscains sous l'An Mil, dans une maison qui publie des petits livres de 300 pages pour des collégiens principalement! Et oui, l'auteur se trompe tout le temps d'éditeur. Ces livres-là ne sont même pas lus. Avec de la chance, on renvoi un mot qui dit simplement "ne rentre pas dans notre ligne éditoriale". Apprenez à choisir correctement la maison d'édition à qui vous confiez votre manuscrit. 

La patience de la personne qui vous lit est mise à rude épreuve. En revanche, lorsqu'il repère un livre qui lui plaît, il passe plus de temps à la lecture, afin de rendre une fiche beaucoup plus précise et flatteuse, qui saurait convaincre le Comité de Lecture d'y prêter attention. À ce stade, votre livre n'a pas besoin d'être parfait, seulement, on aime bien que le travail soit prémâché


L'art de la relecture 

C'est maintenant que le manuscrit est présenté sous forme de "projet". Même fini, cela reste un brouillon tant que l'éditeur n'est pas repassé dessus. Il va être lu et relu par l'éditeur et tout son équipe du service éditorial, ainsi que le correcteur (souvent un externe). Entre l'éditeur et lui, la relation est quasi fusionnelle. Le correcteur dispose d'une version "revisitée" de votre livre, et il se doit de tout corriger en suivant les recommandations de l'éditeur, en suivant les règles sacrées de la typographie.



Le correcteur modifie en rajoutant ses propres correction (uniquement d'ordre ortho-typographique cette fois). Ensuite, un stagiaire vient s'ajouter à la fin du processus pour vérifier les pages une par une et s'assurer que les corrections demandées par l'éditeur aient bien été réalisées. Cela ne paraît pas comme ça, mais c'est vraiment un travail long et fatiguant, qui détruit votre cerveau et votre âme

Je ne vous parle même pas des travaux de mathématiques qu'il faut faire pour faciliter le travail de l'imprimeur Je me souviens seulement qu'il faut supprimer les pages vides, compter combien il y a de symboles par lignes et combien de lignes par page et faire une multiplication/soustraction...


Conclusion : à refaire!

Je retire de cette expérience du bon comme du mauvais. J'ai le sentiment que les maisons d'éditions doivent apprendre à évoluer, c'est certain, surtout face aux enjeux de l'auto-édition. Beaucoup d'auteurs ont tenté leur chance et ont remporté gros ("Seul sur Mars" de Ridley Scott est adapté d'un livre paru en auto-publication). 
Souvent, les auteurs en auto-édition sont prêts à ne rien gagner. Soit leur livres sont en vente pour moins d'un euro, soit ils l'offrent carrément, avec peur seule préoccupation d'être lus et de faire plaisir aux lecteurs. Internet est là pour accompagner le lecteur dans ses choix, comme le ferait un éditeur en somme. 

Andy Weir a tenté... Et il a gagné!


Mais internet et l'auto-édition, ce sont des inventions trop jeunes encore, incomprises parfois et puis tout le monde n'aime pas lire des e-book ou n'a tout simplement aucune confiance dans l'auto-édition. Ce que j'ai appris de mon stage m'a fait comprendre que le métier d'éditeur, et tout ce qu'il rassemble autour de lui, reste primordial pour sortir un produit fini, peaufiné dans ses moindres détails, contrairement à l'auto-édition, où le lecteur se retrouve bloqué à cause d'une lecture trop incertaine, trop brouillon

Au final, je referais ce stage avec plaisir... En plus, on peut repartir avec des livres gratuits à dévorer, et ça pour une mite, c'est génial! 

Mite Clem


samedi 16 avril 2016

Le retour des mites!


Les vacances sont finies, on se remet au boulot

Nous avons quelques idées d'articles et quelques romans à chroniquer, mais cela demande du temps. Alors en attendant, je vous en laisse un petit aperçu. Vous pouvez nous donner vos avis quant à ces sujets, on en sera ravis !

1 - article "être un stagiaire dans une grande maison d'édition", par Mite Clem
2 - chronique vidéo ou écrite, America Grace, Dentelles et Rubans d'argent, par Mite Clem et Eylau
3 - article "ywriter5 ou comment ordonner toutes ses idées", par Mite Eylau

Voilà, nous avons été absents plus d'un mois et j'avoue que c'est très difficile de reprendre un rythme normal sur ce blog, surtout que nous avons nos propres vies à côté, surtout qu'en ce moment, c'est un peu la folie

J'en profite également pour vous annoncer que je (Mite Eylau) vais lancer une chaîne youtube, une sorte de vlog, et que j'en profiterais sûrement pour faire quelques chroniques vidéo en partenariat avec Mite Clem

Je vous dis à bientôt les petites mites poilues!



lundi 7 mars 2016

Projecteur sur...

Nous les mites, nous ne sommes pas de petits êtres ingrats. Nous sommes aussi gentilles que notre poil est duveteux!

Et aujourd'hui, nous avons envie de mettre à l'honneur notre lecteur le plus fidèle : Yannick Fradin
Oui, petit coquin! Ne crois pas que nous ne t'avons pas remarqué, à l'affût de nos articles, prêt à dégainer tes commentaires. Cela nous fait extrêmement plaisir, d'autant que notre blog est tout récent


Mais alors, qui est Yannick Fradin? 
Nous avons mené notre petite enquête...

On a piqué la photo sur ton profil, nah!

Si l'on s'en réfère à la biographie trouvable sur MonBestSeller, voici ce qu'on peut lire : 

"Né le 28 novembre 1979, père de trois enfants, passionné d'aïkido et de tir à l'arc, je commence à écrire fin 2012.
Je me lance dans la rédaction d'un cycle de Fantasy et l'été 2013, le premier volet est achevé. 
À la recherche de lecteurs et d'avis sur ce premier jet, je propose à la lecteur sur ce merveilleux site. 
Été 2015, je termine le second livre et commence le troisième avec l'idée de m'auto-éditer en juillet 2016.

J'utilise aujourd'hui presque tout mon temps libre à lire, écrire et promouvoir mes écrits dans le but de développer cette activité. 
J'ai pour objectif d'avoir terminé les 7 livres du cycle pour fin 2020.
J'écris aussi des nouvelles et des contes."

Ça, c'est la version raccourcie, car on peut en apprendre beaucoup plus sur cet auteur en se rendant sur son blog, à cette adresse : 

Là c'est son blog et on vous encourage à y faire un tour.


C'est ainsi que l'on apprend que Yannick Fradin a enseigné l'anglais pendant 10 ans (ça ferait vraiment du bien à mite Clem de suivre des cours avec lui!) avant de changer totalement de profession en se tournant vers la petite enfance
Mais la grande passion de ce monsieur, c'est l'écriture. Et c'est avec courage qu'il se lance dans la bouleversante aventure de l'auto-édition. Comme il le souligne lui-même, être un auteur auto-édité, c'est devoir jongler avec plusieurs casquettes. C'est difficile, c'est parfois - souvent - décourageant, mais on lui souhaite de tenir bon ! 

Son nom de plume est Yannick A.R Fradin, A.R comme un clin d’œil à des auteurs tels que J.R.R Tolkien et George R.R. Martin, mais aussi à sa profession d'enseignant en anglais. Il s'agit également des premières lettres de ses deuxième et troisième prénoms. Là, on comprend tout à fait le choix de ce nom de plume qui sonne bien

Yannick A.R. Fradin écrit avant tout de la fantasy et on peut lire son oeuvre principale "le cycle de McGowein" sur MonBestSeller.

MonBestSeller, un site très chouette où on peut lire quantité de romans.

Voilà, vous en savez un peu plus sur notre lecteur vedette du jour. 
J'avais déjà eu l'occasion de jeter un œil à son premier roman du cycle de McGowein et j'en garde un bon souvenir. Je pense que je vais me replonger dedans et peut-être écrire une petite chronique!

Merci à toi, Yannick pour suivre notre blog et notre page facebook avec tant d'intérêt. Nous sommes des mites comblées

Merci!


mardi 1 mars 2016

Une histoire de structure, partie 1

Salut ! Je suis la mite fâchée, et je suis très, très fâchée ! Si fâchée que j'ai froissé une de mes ailes. J'ai été obligée de dévorer un bouquin tombé sur le sol du grenier : un poussiéreux auquel il manquait des pages. Pour de bonnes raisons
Ah oui, avant de commencer, je précise une chose : quand c'est en italique, ce sont mes pensées. Comme toutes les mites, je suis névrosée, obsessionnelle et complexée de devoir tout conjuguer au féminin alors que mon appareil génital forme un triumvirat parfait !
Cet article faisant suite directement aux remarques de Mite Eylau, je vous invite à lire ou relire ses conseils.

Je fais partie de la famille des mites poilues.


Écrivain : tout un métier 

Beaucoup le disent, mais peu de gens l'appliquent : écrire, c'est un métier. Comme tout métier, il s'apprend et il ne s'agit pas simplement de règles ortho-typographiques à observer ! Le problème des jeunes auteurs, c'est qu'ils veulent aller trop vite à l'essentiel. Ils passent à côté du véritable objectif de leur histoire. Le lecteur est quelqu'un d'exigeant. Il consacre son temps (souvent rare) à vous lire. Donnez-lui de quoi être content ! Ou il vous le fera savoir...penchez vous et toussez trois fois.

L'effet que votre roman peut potentiellement 
faire à un lecteur, s'il est mal structuré.

Difficile d'inventer quelque chose de vraiment innovant de nos jours. Quelqu'un d'autre a sûrement déjà eu une meilleure idée que vous. Non, je ne cherche pas à vous déprimer ! Alors je vous renvoie vers les écrits de Christopher Vogler et de Jospeh Campbell. Tous deux ont observé le mythe du héros -chez les mites aussi on a des héros-, qui se retrouve dans les mythologies grecques, mais également arthuriennes, et qui a inspiré Tolkien par exemple. Ils ont dévoilé l’existence d'un modèle quasi universel que les auteurs reproduisent sans s'en rendre compte depuis des siècles. J'écris uniquement par instinct, M'kay?

Non seulement j'ai inventé une méthode pertinente, mais en plus, 
ma moustache fait frémir plus d'une femelle! (photo: Christopher Vogler)


Des histoires qui se ressemblent, on en connait tous. C'est encore plus flagrant dans le cinéma. Christopher Vogler, a écrit « Le voyage du Héros », sorte de Guide pour écrire une histoire bien structurée. Pour la petite histoire, Christopher Vogler a développé cette méthode tout en travaillant chez Disney. Il recevait des scénarii de la part de centaines d'auteurs, et à force d'en lire et d'en lire, il a fini par repérer les « bons » scénarii, des « mauvais ». Comme le stagiaire aigri dans une maison d'édition, qui tombe sur votre manuscrit et décide malheureusement que la coupe est pleine.
Ainsi, un scénario incohérent ou trop fouillis n'apparaissait plus dans sa méthode, ce qui lui faisait gagner un temps considérable. En quelque mois, la petite feuille qu'il s'était imprimé pour lui-même -le radin-, a fait le tour du studio et tout le monde s'est mis à l'utiliser

C'est un peu grâce à lui que nous avons eu « La Belle et la Bête ».  
Ouais, la classe.

Pour résumer sa pensée très sommairement : Dans toute histoire, le héros entame un voyage qui va servir à le transformer, lui, son entourage et son environnement. Il me serait bien trop long et compliqué de vous retranscrire intégralement le schéma qu'il est parvenu à mettre au clair par ses observations. Il va très loin dans son analyse (jusqu'à énumérer toutes les étapes, comme un guide), et Jospeh Campbell va encore plus loin (son œuvre est plus complexe et orientée sur les mythes et leurs origines, il faut posséder quelques connaissances en histoire ancienne pour le comprendre totalement). Sur le fond, Jospeh Campbell est bien plus intéressant, mais dans la forme, Christopher Vogler est ludique et pratique. Un néophyte n'a aucun mal à le comprendre. Après Vogler, lisez Campbell !

George Lucas a lu mon livre et a écrit Star Wars. 
Où est mon chèque? (photo : Joseph Campbell)


La structure 

Il est tentant de se lancer dans l'écriture, guidé simplement par son inspiration. J'aime les fleurs. Mais c'est la porte ouverte aux hésitations, aux répétitions et à toutes sortes de petits détails qui gâchent littéralement le plaisir de lire. Lorsque les dialogues se résument à expliquer ce qui se passe, lorsque vous ne savez plus quoi écrire : c'est à cause d'un manque de structure. Une bonne structure permet de guider le lecteur sur le chemin de votre pensée
Je dirais même plus : une bonne structure permet à vos personnages de rester cohérents. C'est un élément essentiel, sur lequel vous pourrez bâtir un rythme de lecture, une ambiance et un style bien à vous. Donc, ne faites pas comme moi ! 

Pour vous faire une petite idée du machin.

Pour faire simple, le « Voyage du héros » se découpe en plusieurs parties :
La situation initiale. Le début du livre où le héros va bien, il s’ennuie, ou bien tout lui réussit. A l'inverse, il peut être triste et aspirer au changement.
L'appel de l'aventure. C'est ici que l'enjeu du livre est dévoilé, comme aller détruire l'anneau unique, ou bien aider la princesse Leia dans Star Wars épisode IV.
La rencontre avec le Mentor. Un personnage qui va guider ou pousser le héros à s'engager sur la route de l'aventure.
Le refus de l'appel par le héros. Le héros a quelque chose qui le retient de partir, comme sa famille, ses amis, son confort : Bilbo est très attaché à son trou.
L'élément déclencheur. Le méchant ou un de ses sbires apparaît et prive le héros de ce qui le retenait : Luke Skywalker perd son oncle et sa tante.
Le Franchissement du premier seuil. C'est un moment crucial entre l'Acte I et l'Acte II, le moment où le héros fait un premier contact avec le « monde de l'inconnu » (Luke dans la cantina, Bilbo avec les trolls...etc). Pleurez pas, c'est pas encore fini.

Star Wars, la cantina.

Ensuite, le héros prend conscience de ce qu'il doit faire : il s'engage à fond dans l'aventure, conscient et volontairement !
Viens l'Acte II, où le héros va faire des rencontres (amis et ennemis), s’engouffrer dans l'antre de la mort (l'étoile noire dans Star Wars), faire la connaissance avec la mort et le danger...Etc. L'Acte II est censé être le plus long, car c'est ici que le héros se développe et prend conscience de ses capacités et des réalités du monde qui l'entoure.

L'Acte III pour finir, fonctionne comme une redite de l'Acte II. Le héros va risquer la mort, tuer le méchant (ou régler la situation d'une manière ou d'une autre), et décider s'il reste dans le monde de l'inconnu, ou bien retourner chez lui, dans la situation initiale.

Frodon décide de rentrer, mais en acceptant de partir avec Gandalf, 
il repart vers le monde de l'inconnu. Il n'est jamais réellement revenu de son aventure.

Cette liste est loin d'être complète ou exhaustive, encore une fois je vous invite à lire Christopher Vogler ou Jospeh Campbell pour en savoir plus. J'ai oublié de mentionner « l'artefact » par exemple, considéré comme un cliché, mais présent absolument partout et sous toutes les formes. Il est censé aider le héros dans son aventure (un objet comme une bague, mais plus subtilement, ce peut également être une personne ou simplement une émotion).
Quoi qu'il en soit, si vous commencez à penser que ce type de modèle est responsable de la déchéance scénaristique que nous observons ces dernières années -Les histoires qui se ressemblent trop et qui poussent les fans de chacun des livres à se battre en eux-, vous n'avez pas totalement tort.


Attention : une méthode n'est rien de plus qu'une base, un exemple!

Il n'existe pas une unique façon de faire, ni une bonne ou une mauvaise structure. Christopher Vogler précise bien que la méthode qu'il a observée chez les scénaristes, n'est qu'une base, un brouillon. Il ne tient qu'à vous de tout modifier, supprimer certains éléments, inverser le début avec la fin -C'est la fête du slip ! -. Bref, d'y mettre suffisamment de vous-même pour que la structure soit invisible à l’œil nu, et surtout, qu'elle soit différente des autres -les différences, c'est bien aussi-.
Le problème, c'est que parfois, on tombe sur un auteur un peu fainéant ou sans ambition, qui se dit : « hum tiens, cette structure a fonctionné pour Star Wars, alors je vais la reprendre pour mon livre ». 
C'est ce qui est arrivé au premier tome d'Eragon, qui n'est ni plus ni moins qu'un calque de Star Wars, transposé dans un univers fantastique (entendez par là, une trame, une intrigue, des personnages et un enchaînement des « scènes » identiques).
Heureusement, les livres suivants sont beaucoup plus ambitieux et originaux, mais la structure du premier était beaucoup trop identique à Star Wars et ça s’est vu, surtout dans l'adaptation cinéma.
Déjà vu, redondant et gonflant, Eragon a très mal vieilli à cause de cela (bien que ce ne soit que mon avis, je vous encourage à me contredire dans les commentaires). 

Je suis Luke Skywalker, youhou!

Au fond, pourquoi écrire? 

Je touche à une idée largement répandue, mais il est nécessaire de la rappeler. Peu importe le message, c'est la manière de le dire qui compte (tous les messages ont tous été plus ou moins traités par tous les auteurs). La plupart du temps, l'auteur s'attache trop au message et ne sait pas comment le formuler ou le structurer. On en revient toujours au même : sans une méthode (même basique), commencer à écrire est dérisoire et ne peux mener qu'à l'échec. Savoir structurer son livre, c'est montrer votre légitimité à écrire, montrer que vous savez exactement comment faire passer votre message afin d'atteindre le cœur de votre lecteur.

Là c'est bon? Je touche ton petit cœur?

Si vous avez l'impression d'avoir déjà fait tout cela, alors refaites-le ! Relisez-vous après vous être renseigné un minimum sur les méthodes de construction d'un texte ou d'une histoire. Je vous certifie que vous commencerez à voir votre texte sous un nouveau jour. Vous allez vouloir réécrire votre personnage principal (pour lui donner plus de fond, une histoire, un but, des faiblesses). C'est tout votre texte qu'il va falloir réécrire.
Ne désespérez pas. Si vous parvenez à construire votre structure entièrement, écrire deviendra beaucoup plus facile et surtout : utile. Vous n'aurez plus un seul chapitre planté là, sans raison, sans utilité précise et qui ne servira qu'à décrédibiliser et rendre incohérents vos personnages. Vous allez apprendre à condenser certaines informations et à rendre chacun de vos chapitres beaucoup plus complets.
Ainsi,  votre histoire sera prise au sérieux, car vous montrerez que vous avez pensé à tout. Vos personnages prendront de la consistance, votre intrigue aura plus d'intérêt, vos méchants seront exemplaires.

Une bonne structure est un support pour votre message. Plus il sera poli et brillant, plus votre message prendra de l'importance. Arrêtez de vouloir faire passer votre histoire sans penser à l'habiller un minimum. Je ne citerais personne, mais certains auteurs publiés sont particulièrement indéfendables sur ce point, malgré une bonne idée de base.


En pratique : avoir un bon début

Premier exercice afin de commencer à développer votre structure (ça ne se fait pas en une lecture, alors nous allons procéder par...méthode, ha !). Le début de votre histoire est certainement ce qu'il y a de plus important : il dévoile l'univers et les enjeux -de façon plus ou moins subtile selon l'auteur-. Si vous optez pour un prologue, c'est encore une autre affaire que je traiterai plus tard. 

C'est ce que Chistopher Vogler nomme « le Monde Ordinaire ». C'est ici que vous allez présenter le héros à votre public, à vous de bien l'amener (le premier contact déterminera l'attachement du lecteur). Dans ce monde ordinaire, le héros est souvent en paix. À vous de construire quelque chose auquel il tient et qu'il a peur de perdre. À vous de construire sa personnalité. Le monde ordinaire paraît ennuyeux (la vie de fermier de Luke skywalker), mais c'est bien souvent un moyen pour l'auteur de préfigurer tout ce qui va arriver au héros. 
En effet, il est intéressant de voir que le début comprend des indices que nous allons retrouver tout au long de l'histoire. Une phrase, un objet, futile au début mais déterminant à la fin. 
Le héros subit de petites épreuves, qu'il résout souvent de la mauvaise façon, il fuit son destin. C'est une manière de montrer son évolution par la suite : au départ il échouait à résoudre ses problèmes, mais à la fin de son voyage, il n'a plus aucune difficulté !

Tout ceci n'est qu'un exemple assez classique. Nous pourrions, au contraire, faire en sorte que le monde ordinaire du héros soit horrible, ses parents sadiques, qu'il soit battu jour après jour et que son seul désir est de partir ! -C'est captivant en plus, j'adore qu'on fasse du mal au personnage -. Mais même là, le héros possède un « sanctuaire » qui le réconforte.

La chambre sous l'escalier de Harry Potter, qui agit sur lui comme une protection 
au monde extérieur néfaste. 

C'est par le début que tout se joue, et que le lecteur décide de s'attacher ou non.
Cela passe évidemment par le style de l'auteur, mais cette donnée est bien moins importante qu'on ne le pense. Le monde ordinaire peux durer un chapitre de 3 pages, tout comme il peut durer 5 chapitres de 30 à 50 pages voire plus encore ! Tout dépend de vous

Je ne vais pas vous demander de m'écrire un monde ordinaire. À la place, je vous mets au défi de simplement trouver dans quelques œuvres, des éléments du monde ordinaire :
1 - Dans Hunger Games, comment Katniss est-elle présentée au lecteur ? (le premier contact).       Que fait-elle exactement, qu'est-ce que l'auteur veut nous dire d'elle par cette première scène          (qu'elle est forte et douée ? Qu'elle rate ce qu'elle entreprend ? Qu'elle doit encore améliorer son « don » ?)
2 - Dans Harry Potter, qui est le « mentor » qui pousse Harry Potter vers l'aventure ?

Plus personnel, voici un exercice que vous devriez faire pour tester votre héros (un exercice directement tiré du livre de Christopher Vogler) :
1 - Votre héros est-il complexe ? Soyez très précis sur ses besoins, ses motivations, ses objectifs, ses blessures, ses fantasmes, ses souhaits, ses lacunes, ses regrets, ses défenses, ses faiblesses et névroses. Une caractéristique chez lui en particulier, devrait soit le détruire, soit   le sauver selon la situation, laquelle est-ce ?

Maintenant, à vos claviers ! Pour une mite fâchée, j'ai très faim, car je ne suis jamais rassasiée.

Clem

jeudi 18 février 2016

Michael Crichton : Jurassic park


Et oui je sais, nous ne sommes pas censés chroniquer les auteurs connus, mais là, je n'ai pas pu faire autrement. J'avais une furieuse envie de vous parler de mes deux romans préférés. Je les lis deux fois par an (oui, je suis une grande malade) et ils me font toujours autant d'effet ; je veux parler de Jurassic park et du Monde perdu de Michael Crichton.

Cette chronique va être longue, alors je vous suggère de mettre une petite musique d'ambiance :







Allons-y, partons sur Isla Nublar 
pour d'horribles aventures!

Quatrième de couverture : 

Que s'est-il donc passé sur Isla Nublar, durant ces deux jours d'août 1989, pour obliger l'armée à venir "faire le ménage"? Le programme dont cette île est le théâtre avait pourtant tout du paradis scientifique : un immense complexe naturel où s'ébattent, aux yeux de tous, les plus féroces sauriens du Jurassique, génétiquement ramenés à la vie...
Quelques jours avant le chaos, le paléontologue Alan Grant et Ian Malcolm, mathématicien de renom, chargés de délivrer une caution universitaire au projet, embarquent pour ce bout de terre perdu au large du Pacifique. Bientôt, le petit groupe invité par le créateur du parc doit se rendre à l'évidence : au coeur d'une jungle impénétrable et farouchement hostile, l'être humain n'est plus l'espèce dominante, mais la proie.. 
Et la science se révèle vite impuissante face à la sauvagerie d'un écosystème disparu, un monde oublié qui cherche à reprendre ses droits. Dès lors, l'évolution impose sa loi, unique, éternelle, terrifiante ; survivre... 


Les premières impressions : 
Que ce livre fait du bien à mes doigts! J'adore totalement la taille du format (pocket, facile à transporter et à tenir quand on est fatigué), ainsi que son odeur délicieuse qui ne s'estompe jamais.
Je trouve la couverture simple et efficace et le nom de l'auteur est bien mis en valeur. Crichton étant un monument dans l'art du techno-roman, il est normal que son nom soit mis plus en avant que le titre du livre.

L'avis peut contenir des [spoilers]
Ils seront signalés de cette couleur. 

Des chapitres courts et rythmés : 
J'apprécie particulièrement les chapitres courts et concis. Pas de fioritures, pas de détails inutiles, on va droit au but. Ce genre de chapitre nous pousse à continuer la lecture et ce, quelle que soit l'heure tardive.
C'est Ian Malcolm qui semble être au centre du roman, puisque chaque partie est introduite par lui.
Pour ce qui est de la structure, je vais reprendre ce qu'en dit wikipédia :
"Le roman s'ouvre par deux citations placées en épigraphe. Après une introduction ("l'incident de InGen"), puis un prologue ("la morsure du raptor"), il se divise en 49 courts chapitres et se termine par un épilogue. Ces chapitres sont divisés en sept parties plus vastes par sept diagrammes mathématiques représentant les états successifs d'une fractale du type "courbe du dragon". Ces diagrammes représentent les calculs effectués par l'un des personnages, le mathématicien Ian Malcolm, qui se fonde sur eux et sur la théorie du chaos pour démontrer qu'il est impossible de maintenir le Parc jurassique sous contrôle."

Ian Malcolm a créé les courbes du dragon 
pour simuler les actions ayant eu lieu dans le parc.

Un prologue qui tient en haleine : 
Après une brève introduction qui explique rapidement les enjeux de la biotechnologie - et, par la même occasion, nous prouve à quel point Crichton s'investit dans l'écriture de ses romans - nous arrivons à un prologue intitulé "la morsure du raptor".
Un pauvre ouvrier travaillant sur Isla Nublar est amené en hélicoptère à l'hôpital. C'est à cette occasion que le lecteur fera la connaissance d'Ed Régis. Ce dernier affirmera au médecin qu'une pelleteuse est passée sur le malheureux, mais le doc n'est pas dupe! Elle voit très bien des traces de morsures et de la bave mousseuse dans les plaies.
Ça fait frissonner, on veut en savoir plus, même si on connait tous très bien l'intrigue de Jurassic Park.

Bon sang de bois, j'ai même pas lu trois pages que j'adore déjà!

Des premiers chapitres qui semblent tarder à présenter les personnages principaux, mais qui sont tout simplement indispensables : 
Vous voyez le film Jurassic Park 2 ? Vous vous souvenez qu'il commence avec une petite fille qui se fait mordre sur une plage. Et bien, c'est tout simplement le début du livre. Le film a "embourgeoisé" la famille, lui accordant des domestiques, un yacht, du champagne... et surtout, la scène se passe sur le site B. Or, dans le livre, cette scène se passe à Cabo Blanco, une réserve naturelle du Costa Rica (qui n'est pas une île!) La famille, quant à elle, semble être de classe moyenne et cherche l'aventure sur une plage de sable fin déserte (même si la réelle motivation de la mère est de se refaire les seins, car cela coûte moins cher au Costa Rica qu'aux USA).

Ce qui devait arriver arriva, la fillette se fait mordre et est transportée aux urgences. Fort heureusement, elle fait une simple réaction allergique à la bave des dinosaures. Elle fera un dessin pour montrer au médecin quel type d'animal l'a mordue et celui-ci conclut qu'il s'agit d'un basilique, même si sur le dessin, l'animal ne possède que trois doigts...
Intrigué par le témoignage, Marty Guitirrez (personnage que l'on retrouvera dans le livre 2) décide de se rendre sur la plage, où il trouve un animal mâchouillé par un singe hurleur. Il récupère le cadavre et décide de l'envoyer à un expert en zoologie.

Je suis tout mignon et je mange des bébés dans leur berceau. 
Accessoirement, je mange le caca des autres animaux.

En ce début de roman, le lecteur s'interroge sur l'animal et a hâte de découvrir en même temps que les héros qu'il s'agit d'un authentique dinosaure. Mais une question demeure, une question qui n'est pas du tout abordée dans les films, ce que je trouve dommage : comment des dinosaures se sont-ils retrouvés sur le continent? 

Introduction d'Alan Grant, nouvelles questions et du mystère: 
Avec l'introduction d'Alan Grant, c'est également l'introduction du personnage de John Hammond qui se fait. On y apprend les agissements suspects d'une entreprise (InGen) qui dépense sans compter et dans des domaines variés et qui achètent notamment de grandes quantités d'ambre, marchandise qui n'a que peu de valeur.
Grant confirme à Bob Moris, un agent de l'APE (agence de protection environnementale) qu'il a reçu des honoraires en tant que consultant, avant d'y mettre fin, ne supportant plus d'être dérangé à tout moment pour des questions idiotes.

Bah ouais, Grant se fait appeler en pleine nuit pour se faire interroger sur ce que mangent les bébés dinosaures, faut pas déconner !

Dans la foulée, John Hammond, conscient qu'on enquête sur son parc, propose à Alan Grant et Ellie Satler de venir y faire un tour pour donner leur avis d'experts. À eux s'ajoutent Donald Gennaro, Ian Malcolm et Dennis Nedry, qui vous vous en doutez, a été enrôlé par une compagnie rivale (la Biosyn), afin de voler le travail d'InGen.

Un style fluide, pragmatique, des rebondissements, de l'action : 
C'est ce qui ressort toujours des romans de Crichton ; on plonge complètement dans l'histoire grâce aux exactitudes scientifiques. Tout est travaillé, tout est recherché, l'auteur ne se contente pas d'écrire une histoire, il la rend réelle.
Avec ce roman, on découvre un univers bien plus sombre, complet et réel que ce qui a pu être fait avec les films.

Si ça, ça t'as fait peur, attends de lire le livre!

Du mystère à la pelle : 
Dans les films, il n'est jamais expliqué pourquoi les dinosaures sont si agressifs, en particulier les raptors. Cette question possède une réponse bien précise que je vous laisse découvrir en lisant le roman.
De plus, le film ne survole que très peu le fait que les dinosaures sont des oiseaux. Dans les livres, c'est bien plus présent. Ainsi, on verra que les raptors ont un certain type de comportement qui semble les pousser à quitter l'île. [Spoil] Ils cherchent à effectuer une migration et se retrouvent d'ailleurs sur un bateau, en direction du continent. Grant les a vu se faufiler à bord et doit absolument prévenir quelqu'un, seulement, les communications sont coupées et il est perdu au milieu de la jungle avec les enfants[Fin du spoil]
Les bébés raptors sont plutôt mignons et affectueux, ce qui m'a fait aimer ces dinosaures, même s'ils me terrorisent complètement.
Enfin, on découvrira pourquoi tout fout le camp dans le parc, en raison du paramétrage foireux des capteurs de mouvements.

Ce que j'ai aimé : 
- Tout, l'ambiance, les faits scientifiques, les explications dans les moindres détails...
- Découvrir plus et toujours plus sur les dinosaures et en particulier les raptors (selon la vision de l'auteur et les constatations scientifiques de l'époque)
- La scène absolument géniale avec Grant et les enfants, essayant de fuir le T-Rex en naviguant sur la rivière. J'ai juste eu mille fois plus peur en lisant ça que la scène de la cuisine (d'ailleurs, le film a su lui rendre justice).
- La découverte du nid...

Rien que pour cette scène, le livre vaut le coup d'être lu. 

Oui, ce moment-là aussi est horrible. 

Ce que je n'ai pas aimé : 
- Tim qui répète souvent à sa sœur : "vas-tu te taire?" J'imagine mal un enfant dire cela comme ça.

Des différences parfois énormes avec les films : 
Comme je le disais plus haut, le roman est bien plus complet que le film. Ainsi, nous avons droit à des détails supplémentaires sur le parc, sa mise en marche, pourquoi tout foire, pourquoi les raptors sont agressifs, pourquoi-ci, pourquoi-ça... On a là, un véritable approfondissement des caractéristiques de ces animaux et de leur fabrication.
Concernant les personnages, là aussi, des différences nous sautent immédiatement aux yeux.

[Attention, ce jeu des différences peut vous spoiler. Ne lisez pas ce qui suit si vous désirez garder la surprise en découvrant les personnages au fil de votre lecture. Les plus gros spoils seront dissimulés]

Alan Grant : Il est bien loin de détester les enfants ou de se sentir mal à l'aise en leur présence. Grant a perdu sa femme et ne s'est jamais remarié depuis, on sent l’immense amour qu'il lui portait et son regret de n'avoir jamais eu d'enfant.
Et oui, Grant ressemblerait plutôt à ça.  

Ellie SatlerLe dr. Ellie Satler n'est pas du tout la petite amie d'Alan, mais plutôt sa protégée. En effet, ils ont tout deux un écart d'âge assez important (elle aurait 23ans). Encore étudiante (elle doit passer son doctorat) elle est également fiancée.

Tim et Lex : Dans le film, Tim est le petit frère et Lex la grande sœur. Et bien dans le livre, c'est l'inverse.
Lex est plutôt horripilante au départ, mais s’avérera finalement très attachante (imaginez une petite puce perdue sur une île pleine de dinos, la pauvre). Quant à Tim, c'est lui qui endosse le rôle du fana de l'informatique.

Donald Gennaro et Ed Régis : Donald n'est pas le petit zizi mou du film. Au départ, il est décrit comme un jeune père peu désireux de rater l'anniversaire de sa fille, mais qui se fait quand même embarquer dans l'aventure. Même s'il ressent de la peur à certains moments du récit (et on peut le comprendre), ce n'est pas lui qui abandonne les enfants dans la voiture alors que le Tyrannosaure sort de son enclos. Il aidera même à la remise en route du parc et fera face à des raptors. [Spoil, veuillez surligner pour lire] Il ne meurt pas bouffé par le T-rex! Non, c'est Ed Régis, l'homme chargé de faire visiter le parc, qui se fait grignoter. C'est d'ailleurs lui qui abandonne les enfants à leur sort. [fin du spoil]

John Hammond : Entre le livre et le film, c'est le jour et la nuit. Certes, physiquement, il reste le petit vieillard attachant, mais son caractère est abominable. Arrogant et égoïste, il veut continuer à tout prix son idée stupide de parc à dinosaures et ce, malgré les nombreux morts et les gros défauts de sécurité. Il n'écoute jamais les conseils de Henry Wu et semble se moquer du sort de ses petits enfants. S'il les a invités, c'est seulement pour amadouer les experts. [Spoil] À la toute fin du livre, John Hammond meurt dévoré par les procompsognathus après s'est cassé la cheville en tombant dans un ravin. C'est à cause de ses petits enfants, qui jouaient avec les ordinateurs et qui ont déclenché un faux cri de T-Rex, que Hammond a couru dans la forêt sans réfléchir. La morsure des compys étant toxique, il sombra peu à peu dans le sommeil avant de se faire becter. Bien fait pour lui! [fin du spoil]

Ian Malcolm : Il me fait légèrement penser au docteur House! Tout de noir vêtu, il sait d'avance que le parc ne peut fonctionner. Le livre semble tourner autour de ce personnage en particulier, puisque ce sont ses pensées qui ouvrent chaque partie. Comme dans le film, il se fait blesser à la jambe, ce qui ne lui donnera pas un grand rôle d'aventurier courageux bravant tous les dangers, mais plutôt le rôle d'observateur et de cerveau sur pattes, nous expliquant pourquoi telle ou telle chose arrive. [Spoil] Ian Malcolm ne survivra malheureusement pas à ses blessures, mais dans le livre 2 (le Monde Perdu), on apprendra qu'il avait été déclaré mort un peu trop vite. Handicapé à la jambe (comme le dr House), il repartira au contact des dinosaures, mais nous verrons cela dans la chronique suivante. [fin du spoil]

Dr. Harding : Le vétérinaire du parc, spécialiste des oiseaux. Personnage plutôt important que l'on suit jusqu'à la fin. Et heureusement qu'il était là pour soigner la jambe de Ian Malcolm!
Il est intéressant de noter que dans Le Monde perdu, il est mentionné que Sarah Harding, l'amie de Ian Malcolm, est en fait la fille du dr. Harding, présent dans le livre 1.
Papa et fi-fille.

Henry Wu : Alors moi, j'aime bien ce personnage. Déjà, il reste tout le long du livre. Lorsque les ordinateurs tombent en panne et que Arnorld part rétablir le courant, c'est lui qui est en charge de faire quelques manipulations techniques. Il explique également très bien tout son travail et on se rend compte qu'il a essayé d'avertir Hammond sur l'agressivité des raptors à de nombreuses reprises. Il pouvait y remédier en remaniant leur ADN, mais Hammond a toujours refusé. [Spoil] Malheureusement, Henry Wu meurt, dévoré par un raptor qui tentait de s'introduire dans le bâtiment des visiteurs. [fin du spoil]

Robert Muldoon : Il me semble qu'il est mentionné que Muldoon est un australien ayant vécu en Afrique du Sud. Le personnage est décrit comme alcoolique, mais très compétent. Inquiet pour la sécurité, il a commandé des armes très destructrices, mais Hammond les lui a refusées, avant de finalement céder pour deux lances roquettes. Contrairement au film, Muldoon survit aux raptors... Il sera d'ailleurs coincé dans une gaine de protection, près de la réserve, tandis que les raptors s'acharneront dessus.
Notons que dans Jurassic World, ils ont repris cette idée avec Omar Sy, caché dans un tronc.

Dennis Nedry : Ce personnage n'est pas très différent de celui du film. Sa fin est presque la même, bien qu'elle soit plus crue et plus violente.

On aurait presque pitié pour lui.

J. Arnold : Très semblable au personnage du film également. La scène où il descend à la remise est juste terrifiante.
Lewis Dodgson : Seulement présent au début du film, il a un rôle plus important dans les livres (surtout le Monde Perdu).


En conclusion : 
Il est difficile de parler de ce livre qui est très condensé en informations, sans livrer d'énormes spoils... Pour faire simple, je dirais que ce roman est absolument génial et qu'il nous plonge complètement dans un autre monde. Je le recommande à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas portés sur la science-fiction ou le thriller.
Il se lit vite et à aucun moment on ne ressent de l'ennui. L'intrigue est parfaitement ficelée, d'une main de maître. Laissez-vous simplement embarquer.


Un gros 5/5


Eylau

mercredi 10 février 2016

Chronique : Les plaisirs secrets de la Belle Époque, d'Anna Kriakovna



Découverte sur MonBestSeller, j'ai tout de suite apprécié le style de cette auteure (oui, j'applique le féminin à ce mot, nah!) qui nous proposait gratuitement les premiers chapitres de son roman, "les plaisirs secrets de la Belle Époque".












Quatrième de couverture :

Les plaisirs secrets de la Belle Époque. Par Anna Kriakovna, l'auteur de romans érotiques à l'élégance torride. 

Anna Kriakovna est née en 1989. Son père est d'origine russe, et sa mère est française. Elle est née et a toujours vécu en France. Son écriture élégante, excluant tout vocabulaire vulgaire, la subtilité des situations, le caractère attachant des protagonistes et la progression de l'intrigue, font de son roman un ouvrage référence de la littérature érotique. "Les plaisirs secrets de la Belle Époque" s'adresse à un lectorat raffiné, recherchant une véritable histoire, rédigée dans un style rappelant les meilleurs écrivains du dix-neuvième siècle. 

"Les plaisirs secrets de la Belle Époque" dépeint les aventures troublantes de Ségolène Hertain, riche bourgeoise, recevant son initiation au plaisir, dans les alcôves de la Belle Époque, par son amie Amarande de Bréval, et les rebondissements inattendus de cet apprentissage. 


Les premières impressions : 
Ce roman se lit très vite (j'ai mis quelques petites heures, lors d'un après-midi pluvieux) sans pour autant paraître trop court. Je n'ai pas grand chose à dire sur le format, en revanche, j'ai noté une odeur peu agréable se dégageant des pages (ce qui m'a rendue triste, moi qui adore renifler les livres). À la décharge du roman, étant actuellement enceinte, je ressens plus fortement les odeurs et elles me dégoûtent vite. 
La couverture est plutôt plaisante (Fille à la rose jaune, de Émile Vernon). Elle nous plonge immédiatement dans le thème du roman, à savoir l'érotisme sur fond historique. 

L'avis peut contenir des [spoilers]. 
Ils seront signalés de cette couleur.

Bon style, écriture fluide, un roman structuré :
À la lecture de la quatrième de couverture, l'auteur nous assure de son "écriture élégante, excluant tout vocabulaire vulgaire". C'est bien vrai! Vous en aurez pour votre argent, la promesse est tenue.
Ce qui m'a immédiatement frappée, c'est le style, vraiment soutenu et juste qui nous plonge sans aucun mal dans l'atmosphère.
Le roman comporte sept chapitres plus un épilogue, ce qui peut sembler peu, mais la structure tient la route. Le texte se suffit à lui-même, je n'y ajouterais rien et je n'y enlèverais rien non plus.
Sur la forme, on peut dire que l'auteur maîtrise et que son roman est largement à la hauteur d'une publication dans une maison d'édition.
J'ai toutefois repéré une faute d'orthographe à la page 75 ("sont doigt" au lieu de "son doigt"), mais à part ça, le reste était parfait.

C'est loin d'être crade! Adeptes du mauvais goût, passez votre chemin.

L'intrigue : 
Nous voilà ici avec un roman bien singulier. L'héroïne, Ségolène Hertain est une bourgeoise bien curieuse sur les choses de l'amour. Curieuse mais aussi frileuse quant à ce sujet! Très prude, elle ne s'autorise aucun lâcher-prise lors de ses rapports avec son époux.
Un jour, elle demande à son amie Amarande de Bréval si elle s'adonne à des plaisirs solitaires lorsque son mari est absent. La réponse ne tarde pas à fuser ; oui bien sûr. Mais Ségolène éprouve quelques difficultés à comprendre ce plaisir, n'y voyant pas grand intérêt.

Amarande lui propose donc de passer un marché. Elle l'initiera aux choses de l'amour et lui apprendra tout ce qu'elle sait, en échange, Ségolène doit promettre une totale obéissance à son amie.
Titillée par la curiosité et l'excitation d'apprendre les plaisirs secrets, Ségolène accepte.

Viens par-là que je t'initie ! (*La Goulue)

L'initiation prendra parfois de drôles de tournures et mettra les personnages dans des situations délicates. C'est une chose de parler de sexe avec ses amies, c'en est une autre de le pratiquer entre femmes, lorsque l'on n'est pas attiré par elles. Mais pour Ségolène et Amarnde, s'initier au contact d'un homme reviendrait à tromper leur mari.

Des personnages qui évoluent :
Ce que j'ai apprécié au fil de ma lecture c'est de voir que les personnages étaient parfaitement crédibles et évoluaient. Ségolène, au départ extrêmement prude et sur la retenue, se révèle au final plus polissonne et dévergondée qu'Amarande, sa maîtresse d'apprentissage.
Quant à Amarande, j'avoue que ce personnage me laisse quelque peu perplexe. Dès le départ, elle fut ma préférée, mais au fil des pages, elle s'est retrouvée effacée par rapport à deux autres personnages secondaires (Eugénie de Fontant et Margarita de Cardone), ce que j'ai trouvé dommage.

C'est hot, attention aux yeux mineurs : 
Vous l'aurez compris depuis le départ, c'est un roman érotique. Il n'est donc pas à mettre entre toutes les mains. Ceci dit, l'intrigue et le fond historique apportent un petit quelque chose extrêmement plaisant. On ne lit pas que du sexe, on est plongé dans l'époque.
Les descriptions ne sont en rien vulgaires, scabreuses ou simplistes. Il y a une vraie recherche dans les mots, un vrai rythme, ce qui donne au roman un touche professionnelle.

Si vous êtes aussi mignons et innocents que ces onigiris, 
c'est que vous n'êtes pas prêts à assumer cette lecture. 


Ce que j'ai aimé : 
- Le pacte entre Ségolène et Amarande. C'est une bonne idée d'être plongée dans ce monde de femmes qui découvrent le plaisir par le biais d'un pacte.
- Le cabinet chinois. On s'y croit tant les descriptions sont réalisées d'une main de maître. J'arrivais même à imaginer l'odeur du velours sur les murs.
- Le style de l'auteur, vraiment bon.
- L'intrigue qui tient la route et qui ne se concentre pas uniquement sur le sexe.
- Le dévergondage de Ségolène, surpassant son maître et devenant la plus perverse de ses amies.
- La chute de l'histoire. [Spoil -Veuillez surligner pour lire] Ségolène, Amarande et Margarita vont au bout de leurs explorations sexuelles en se donnant en spectacle au cabinet chinois. Elles portent des masques pour qu'on ne les reconnaisse pas et forment un trio s'adonnant à tous les plaisirs. Des hommes les observent de l'autre côté du miroir sans tain et on apprend, à la toute fin du roman, qu'il s'agit de leurs époux, venus se rincer l’œil en compagnie de deux prostituées. Leur dialogue conclut parfaitement le roman : 

— "Je suis éberlué! Que ces mystérieuses femmes - fort belles d'ailleurs -, portant un loup, puissent se livrer ainsi à la vue d'inconnus, même pour une forte somme... Quelle audace!  
— Tu as raison, mon ami Hertain. Ah, si seulement ma douce Amarande montrait la même ardeur que ces friponnes, pendant nos moments de tendresse: Hélas, jamais elle n'oserait s'abandonner avec une telle lubricité.  
— Tu sais, mon cher Bréval, il est malheureusement de même avec ma Ségolène bien-aimée : quoi que je fasse, elle se tient sur sa réserve pendant nos extases [...]. 
Et les maris d'Amarande et de Ségolène, persuadés de la vertu de leur conjointe, conclurent, non sans orgueil, être fort chanceux de vivre avec de chastes créatures, des épouses dévouées et aimantes, que rien ne saurait détourner du droit chemin."
[Fin du spoil]

Ce que je n'ai pas aimé : 
- Oui parce que, quand même, il y a des points négatifs. Toute la première moitié du roman m'a tenue en haleine. Je me demandais jusqu'où Ségolène serait prête à aller et dès qu'elle franchissait un pallier que moi-même je n'aurais jamais pu franchir, j'en frissonnais, me mettant sans mal à sa place et ressentant ses émotions.
Cependant, j'ai eu un moment de bref ennui lorsque l'intrigue concernait un personnage secondaire, à savoir Eugénie de Fontant (la cousine d'Amarande). Ce personnage m'intéressait moins et son caractère me déplaisait. Je pense notamment à un chapitre qui n'avait pas grande utilité et qui décrivait une soirée bourgeoise SM vécue par cette Eugénie.
- L'épilogue. Celui-ci concerne en grande partie deux prostituées bretonnes, qui arrivent à la fin du roman comme un cheveu sur la soupe. On apprend leurs malheurs et, bien que leurs mésaventures soient abominables, on a du mal à s'attacher à elles.

En conclusion ; ce roman est bien mieux et bien plus réaliste que la série Maison Close! 
De loin.

Eylau